Rock chapino

 

Saviez-vous que la scène rock guatémaltèque fut l'une des plus actives  

del otro lado del charco*?

 

Je ne sais pas ce que cela vous fait mais, perso, la première fois, ce fut direct la piloérection.

Ouvrant sur le principal festival rock du pays, Garra Chapina**, le documentaire Alternativa. La historia del rock en Guatemala (2011 - Vinizzio Rizzo - Alternativa films / Rizzo Producciones / Jam Producciones - en español) retrace l'histoire du mouvement des sesentas à nos jours à travers celle de plusieurs générations de groupes comme Bohemia Suburbana, Extinción, Viernes Verde, La Tona, Fábulas, Santa Fe, Shemesh, Siglo XX...

Les rockers chapinos, pourtant peu politisés à l'origine, firent les frais dans les 60-70s du zèle répressif antirojos des gouvernements militaires durant la (chaude) guerre (froide) des classes. Zonzon et torture au programme de tout ce qui était assimilé à de la subversion, et même assassinats, comme celui plus tard de Rony de León, líder des S.O.S. à l'initiative du premier grand concert dans les rues de la capitale en 1970. Ironies de l'histoire ou, si vous préférez, paradoxes non contradictoires: ce mauvais temps pour les cheveux longs et les jupes courtes donna au rock guatémaltèque son caractère underground sur lequel reposèrent longtemps sa légitimité et son attrait alternatifs pour la jeunesse locale, surtout urbaine; et c'est Ríos Montt, l'aussi bref qu'affreux coupeur d'Etat en 1982, qui, en imposant un quota de 10% de música nacional à l'antenne des radios, favorisa la consécration des Alux Nahual comme chefs de (maigre) file du mouvement - certes, l'appartenance des membres du groupe à la alta facilita la tolérance des autorités mais, tout en dosant sagement l'indiscipline de leurs paroles, Álvaro Aguilar et ses compadres ne se privèrent pas de dénoncer l'extrême violence du moment en Amérique centrale, et restent aujourd'hui cités comme des références malgré les compromis stylistiques qui leur furent en ce temps reprochés.

A la fin de la décennie, le metal effraya las mamitas mais compensa la prolifération des discomobiles et permit de préserver de la dance mania les oreilles du plus téméraire public; on sourit d'apprendre à ce propos que la dégaine et les pratiques plus ou moins méphisto de leurs fans, encouragés par el merchendaisin, dépassaient déjà nos tendres metaleros...

Après les années de gestation du movimiento, l'influence grunge, plus permissive en ce qu'elle semblait libérer les prétendants musicots des contraintes de la virtuosité, contribua à la démocratisation de l'écoute autant que de la pratique du son rock. Et ce fut l'explosion dans les 90s. Certains témoins parlent alors d'une production de qualité inégale mais toujours savoureuse de singularité chapina. Chauvinisme? Peut-être. Les compétents jugeront. Ou pas. Toujours est-il que, dans la foulée, le dynamisme de la scène et des réseaux du rock firent du mouvement l'avant-garde d'une flopée d'autres expressions artistiques. Imaginez l'ambiance à Guatemala city...

Seulement voilà, à force de se développer le rock guaté perdit ce qu'il avait d'alternatif à l'ordre établi et, à ce titre, ne put plus être ignoré - ni donc épargné - par les trois quatre grandes radios qui se partageaient l'essentiel des transistors à l'échelle nationale. Si cela permit aux groupes de faire un peu de tourisme à la faveur des concerts organisés outre-banlieue jusque dans les coins les plus isolés du pays, la croissance exponentielle du mouvement et des intérêts qui s'y greffèrent (médias, lieux, promoteurs...) entraîna, ¿cómo no?, la popificación au point que l'industrie du spectacle finit par imposer de nouveau la marginalité aux artistes jaloux de leur liberté et de leur indépendance. Comme quoi l'histoire et les cycles, c'est du sérieux, comme dirait l'aut' p'tit con.

Beaucoup regrettent à présent la politique du mainstream qui, à l'instar du régime autoritaire d'antan, étoufferait la création; quand ce dernier, bravement épaulé par Washington du temps de la chasse aux cocos, accusait les rockeros d'intriguer en vue de séquestrer la fille de l'ambassadeur d'Haiti pour les faire taire, les principaux canaux de diffusion rechignent maintenant à soutenir Garra Chapina car le festival serait devenu un centre de recrutement pour les maras. Du coup, ceux - les femmes sont rares dans ce documentaire - qui ne bénéficient pas du soutien des partenaires s'exportent... notamment aux Etats-Unis, où les récupère avec joie une partie de leur public des 80-90s. Voilà comment les Bohemia Suburbana se retrouvèrent aux Grammy latinos pour le meilleur album rock 2010 tout en étant censurés par les radios guatémaltèques.

Sur la fin du film, donc, ce qui devait arriver... On a droit à la valse des nostalgiques du temps où les potes s'enfilaient les chelas*** au son des compos jouées lors de concerts plus ou moins improvisés dans les garages ou les patios des uns ou des autres, et à celle des pragmatiques assumant sans complexes les nouveaux critères de l'agitation globalisée. On connaît la chanson et là-dessus, il faut bien le dire, vous n'apprendrez rien au visionnage d'Alternativa.

Il n'empêche que si vous faites abstraction de la détonante voix off, vous ne manquerez pas d'accrocher à ce récit du mouvement rock au Guatemala, assez bien construit et illustré d'archives et de nombreuses entrevistas d'artistes, de producteurs, de journalistes... Vous pourrez non seulement en placer deux ou trois bien sympas lors d'un prochain dîner, mais aussi méditer sur l'évolution des espaces de création sur la crotte Terre, constater que les rockers mayas n'ont rien à envier à Led Zep au plan des toisons arborées, rêver à nouveau de stage diving, frissonner de compassion pour les petites indiennes s'étant fait tirer les tresses en frôlant un pogo de trop près, ou encore comprendre le rapport entre la moustache et Naachtun.

En cherchant un peu, vous trouverez le doc sur la toile; sinon, quelque chose me dit que el pirata acceptera de vous simplifier la quête si vous lui demandez gentiment [infolettreHHR... ¿recuerdan aquellos tiempos?]

 

¡Órale pues!


 

 

*de l'autre côté de la flaque (atlantique)

**chapín(o/a): guatémaltèque

***rôteuses

 

Au Chili, c'était pas pareil.

Dicho sea de paso: hasta siempre Salvador

Oui, je me souviens, il y avait pine hochet, et ses stades remplis de prisonniers politiques plutot que de public en trance . ( conf. Missing de Costa Gavras)Va pour Salvador. ; )

A la lecture et au visionnage de cette nouvelle missive, ( tu es sacrément bien au courant dis donc )il m'est venu à l'esprit deux targettes.l'une, " on n'est jeune tant qu'on supporte le bruit" de Ted Nugent ( qui soit dit en passant, et grace à toi, à perdu beaucoup d'estime en ce qui me concerne; je me suis rendu compte en recherchant sa citation précise, que c'était un sacré gros con de réac. Comme quoi, les méches à la Zeppelin ne sont un gage de rien...)Et par ailleurs et bien plus interressant, le concept " d'Innamoramento" mis en exergue par le fameux sociologue Francesco Alberoni, en ce qu'il décrit les mouvement de foule et leurs enthousiasmes comme ceux qui nous portent quand nous sommes amoureux.Alors de là à expliquer la piloérection sucitée, il n'y a qu'un pas.La bise. O

;)